Le tir de défense de soi ou d’autrui

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Le tir de défense de soi ou d’autrui

Message par Le chinois le Ven 13 Avr - 9:14

Le tir de défense de soi ou d’autrui
par Desmaretz Gérard - Agoravox.fr
jeudi 31 août 2017

Le mercredi 28 juin, le Parlement tchèque a approuvé par cent trente-neuf voix sur cent soixante-huit, un amendement constitutionnel autorisant les 300 000 citoyens détenteurs d'un port d'armes à en faire usage pour défendre la sécurité du pays en cas d'attaque terroriste. « Il s'agit d'une réaction aux différentes attaques qui se sont produites à l’étranger. (...) Selon moi, si la situation ne s’améliore pas en Europe, les gens seront intéressés par cette mesure et le nombre de détenteurs d’armes s’accroîtra progressivement  ».
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Le tir de défense ou de riposte parfois désigné : tir de combat - tir tactique - tir « instinctif » - tir pratique - tir d'auto-défense - tir de survie, etc., concerne en premier lieu de nombreux professionnels porteurs d'une arme de poing : policiers - gendarmes - douaniers - militaires - transporteurs de fonds - police ferroviaire - agents de sécurité de sites sensibles - courtiers transportant des valeurs (diamants, bijoux, etc.) - gardes du corps.

La situation face à une agression reste réversible par une riposte armée adaptée dans le cadre de la légitime défense. Si j'emploie le terme de victime, cela ne saurait induire la passivité, le vocable victime signifie que la personne n'est aucunement responsable de l'agression subie, et l'intervenant armé reste la seule personne qui devra décider quelle riposte adopter face à la situation. Tout l'art du tir de défense repose sur la mise en œuvre de tactiques qui ont le plus de chances d’aboutir. Ceci ne veut pas dire qu’il y ait une bonne et une mauvaise manière d'affronter une situation dangereuse donnée. Personne ne connaît précisément la situation qu'il aura à affronter ni les conditions de l'engagement.

Cette approche est le règne des compartiments étanches et des phobies : disciplines sportives, militaires, policières, phobie des armes, crainte d’une criminalité violente, peur de tuer un innocent, crainte à être désarmé, etc. Associer est dangereux et réunir téméraire, quant à vouloir synthétiser c’est carrément mal vu. Imaginez qu'un citoyen puisse avoir une habileté supérieure à des policiers, un comble ! Personne ne pose la question de leur entraînement au tir, à peine une soixantaine de cartouches tirées par an ! Des associations militent pour voir le port d'arme étendu à des citoyens offrant certaines garanties, mais aucune n'a encore rédigé son manuel ni organisé de stages, conditions nécessaires pour promouvoir les buts de l'association.

Il n'est plus question d'adopter la position de tir à bras franc des duellistes immobiles d'antan, position à laquelle ils finirent par renoncer à travers une évolution du duel au pistolet afin de pouvoir tirer en se déplaçant. Dans le duel « de pied ferme », la distance séparant les duellistes placés face à face était de 15 pas, le témoin désigné par tirage au sort rappelait les règles du duel. Au commandement « armez », les protagonistes armaient leur pistolet et visaient leur adversaire, et au commandement « tirez », faisaient feu. Si les deux coups étaient partis et qu'aucun combattant ne fut blessé, les armes étaient rechargées et le déroulement renouvelé. Dans le duel « à volonté », les duellistes se tournaient le dos, et au commandement « tirez », ils se retournaient et tiraient.

La criminalité ayant modifié les règles d’engagement des policiers, les américains ont été parmi les premiers à instaurer de nouveaux styles de tir et méthodes d’entraînement se rapprochant au maximum des situations réelles de combat. Les différentes techniques n’ont cessé d’évoluer. En 1936, un agent du FBI, Sloan, qui avait suivi un stage chez les Marines, développa le tir « instinctif » à 7 mètres, le tir à la hanche à une main d’une distance de 6 yards avec un revolver calibre .38 Special. La police française adoptait en 1962 le parcours Raymond Sassia (qui fut le garde du corps du général de Gaulle) de retour du FBI. Le parcours comprend cinq positions de tir visé à deux mains, distance 10 à 35 m, pistolet calibre 9 mm. L’année suivante, Jeff Cooper popularisait le Weaver stance à deux mains, distance de tir (visé) 10 à 50 m, calibre .45 ACP.

Chuck Taylor de retour du Viet-Nam, imputa ses blessures à une méthode de tir inappropriée au combat réel. Il énonça : « On ne peut se comporter au combat comme lors d'un parcours de compétition ». La méthode Taylor allait être popularisée. Le programme de base se déroulait sur deux jours au cours duquel les stagiaires tiraient 250 cartouches, et 350 cartouches sur 2 jours pour le niveau « avancé ». En 1980, Mc Thernam introduisait le tir « Survival  » avec la position crouch, le tir à deux mains, distance de 0 à 10 mètres. Cela allait donner naissance à une trentaine de positions de tir dont certaines furent rejetées par des catégories professionnelles essentiellement pour plusieurs raisons : parce que toutes ne correspondent pas à leurs missions - à leur difficulté à les assimiler - ou ne correspondant guère à la morphologie ou au tempérament du tireur.

Chaque méthode a ses spécificités, certaines s’attardent sur la technique, fixer la cible, fixer les appareils de visée, sur la précision, sur la rapidité (fluidité), d’autres sur les positions, sur la gestion des incidents de tir, sur les déplacements, sur la finalité du tir, etc. En clair, aucune méthode ne représente la panacée et leurs auteurs persuadés de détenir la vérité commercialisent leur dextérité dans un parcours leur convenant. Force est de reconnaître que les performances des grands noms du tir ignorent la possibilité de parvenir à la « victoire » par n’importe quelle autre approche qui n’est pas la leur.

Des tireurs curieux de comprendre ont amorcé une réflexion avec un regard critique sur cette discipline qui est bien plus complète qu’elle est généralement enseignée. Chaque tireur a une morphologie différente, une souplesse différente, des acquis différents, et un tempérament différent. Si la dextérité prévaut au stand, en situation de riposte on combat autant avec le mental : « C'est l'esprit qui attaque, l'arme ne fait que suivre l'esprit ». On ne juge pas le tireur mais ses résultats. Un mouvement « naturel » adapté sera toujours plus rapide qu'un mouvement forcé. On pourrait faire la comparaison avec les gauchers contrariés et l'écriture. N'accordez pas trop confiance aux experts, vous êtes libre d'accepter, de rejeter, ou les modeler leurs recommandations selon votre tempérament et votre adresse au tir.

L'esprit du tir de défense peut être comparé dans une certaine mesure, au Ken-Jutsu, le maniement du sabre extrait de son fourreau, et au Iaï-jutsu, l'art de dégainer et de trancher d'un seul geste face à un adversaire tenant déjà son arme en main. Le Iaï-Jutsu allait occuper grâce à son avantage technique à délivrer une réponse fulgurante, une place importante dans la discipline. Ce n'était plus l'attaque dans l'attaque qui allait prévaloir, mais l'Iaïdo qui permettait, en partant avec un temps de retard sur son adversaire, de le terrasser.

Pour être capable de réagir convenablement à une situation de danger donnée, l'homme doit être informé en temps réel des modifications de son corps dans le dit milieu. Qu'il s'agisse de se tenir en équilibre, de se déplacer ou de maintenir une position, l'action repose sur l'équilibre du corps. Chaque exécution d'un mouvement quelconque, position statique ou dynamique (déplacement, position de tir, pivot, etc.) a ses spécificités et ses contraintes qui se retrouvent au niveau de l'anatomie, de la biomécanique, de la physiologie et de la respiration. Le tir implique le cerveau (interprétation d'une scène, prise de décision, réflexe), le corps (déplacements, positions de tir), la vue (elle représente 85 % de la perception), l'ouïe (localisation, détonation), l'oreille interne (sens de l'équilibre), l'odeur (de la poudre, de la graisse), le toucher ( prise en main, manipulation), le sens kinésique (recul), sans oublier le risque d'une blessure (premiers secours spécifiques), autant d'aspects importants rarement abordés lors des stages de formations au tir.

L'instruction au tir en stand ressemble trop à des Katas, c'est à dire à l'étude de positions et d'enchaînements prédéterminés. Si cette partie reste très importante pour l'acquisition des fondamentaux, elle doit être poursuivie de séances de tir d'assaut ou combat. Il n'y a pas de miracle, pour dégainer, tirer vite et juste (adversaire très proche) ou juste et vite (adversaire proche) afin d'atteindre l'agresseur sans toucher un innocent, il faut s'entraîner régulièrement, « griller » plusieurs milliers de cartouches, et mettre à contribution la visualisation mentale.

Est-il préférable en premier de privilégier la précision ou la rapidité ? Si le tireur a le choix de l’engagement, ce qui sera rarement le cas, pour ne pas dire jamais, celui-ci doit préférer la précision afin de pouvoir atteindre sa cible au premier tir. S’il s’agit d’un tir de riposte, il est illusoire quand les projectiles « pleuvent » autour de soi de soigner la visée. Le réflexe est de réduire la surface exposée, de se mettre à couvert ou à l’abri. Dans ce cas, un tir de riposte extrêmement rapide et une précision acceptable sont de mise. L’agresseur pris à partie, à moins qu’il ne soit à l’abri, ne pourra ajuster ses autres tirs. Le répit pourra être mis à profit pour se mettre à l’abri, soit à couvert, ou mieux, évacuer la zone dangereuse et donner l'alerte (je suis, je vois, je demande, je fais).

Lors d'une attaque, il faut s'y adapter sans jamais se laisser mener par des idées préconçues. Il faut décider d'une position de tir adaptée, d'une ligne d'action instantanément et en changer au gré de l'évolution de celle-ci. Selon la distance à laquelle se trouve le ou les agresseurs, on riposte à l'initiative lorsque la situation est inévitable par une technique de tir appropriée. La réponse repose essentiellement sur - le caractère soudain de l'attaque - de la distance d'engagement - du temps nécessaire de la riposte - de la direction de tir - des personnes alentours - de la mise à couvert - de la reprise de l'initiative - la capacité à discerner les attaquants les plus déterminés ou qui représentent une menace immédiate - à conserver l'initiative. La défense consistera peut être à pivoter sur soi, avancer sur l'agresseur, reculer, de se déplacer latéralement afin de ne pas présenter une cible statique à l'assaillant. Le temps de réaction restreint souvent le choix technique. Si les effectifs le permettent, l’élément pris à partie déclenche un tir de riposte ou de saturation, puis sous le couvert d’un collègue, change d’angle de tir pour déborder sur le flanc ou prendre l'agresseur à revers. Le mouvement offensif vise à arrêter ou à neutraliser le ou les agresseurs, si possible, de les déférer devant la justice.

En zone urbaine, le ou les assaillants ne sont que rarement seuls. Ils peuvent se trouver parmi une foule innocente. Dans la plupart des cas, le ou les agresseurs ont l’avantage de l’engagement. Pour maximaliser l'efficacité de la riposte, on ne peut y répondre que par un tir « instinctif » (pour être plus exact, il s’agit d’un réflexe visant à court-circuiter le cortex cérébral) ne laissant pas le loisir à courte distance de soigner sa visée. Certains groupes d'unités antiterroristes, à l'entraînement, masquent le guidon de leur arme avec du ruban adhésif afin de ne pas être tentés de l'utiliser.

Le tir de riposte ou de défense est avant tout un état d'esprit, mais rien ne saurait remplacer les séances d'entraînement au tir avec des mises en situation. N'oubliez pas, tout ce que vous ferez ou ne ferez pas peut présenter un risque pour votre intégrité, et qu'« au combat, seuls les touchés comptent ».
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Re: Le tir de défense de soi ou d’autrui

Message par Gou le Ven 13 Avr - 13:19

Excellent exposé, en fait dans le cadre de la défense, les entrainements visent à roder et mettre en place des gestes automatiques (ou non) sans pour cela prétendre analyser et adapter des ripostes à tous les cas de figure possibles. C'est a la personne agressée d'utiliser au mieux tous les outils qu'elle a appris a maitriser afin d'adapter au mieux sa riposte à la situation car  je pense que chaque situation est un cas particulier.
Il est vrai que l'anatomie a son importance, par exemple le tir à deux mains pour moi n'est pas adapté, j'ai une cage thoracique assez développée et tenir une arme de poing a deux main entraine une gêne qui va altérer mon action de tir. Donc la capacité et la rapidité d'analyse d'une situation est primordiale pour adapter au mieux sa défense surtout que dans ces cas la tout va très vite  et le stress, inévitablement présent, affectera les capacités d'analyse de la victime (effet tunnel).
C'est pour ça que lorsque j'entends nos bobos bienpensants bien assis dans leurs confortables fauteuils critiquer et condamner un policier, un militaire ou toute personne qui a dû se défendre et tuer lors d'une situation de combat ça a tendance à me foutre en rogne.
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Re: Le tir de défense de soi ou d’autrui

Message par thomasda le Dim 29 Avr - 23:33

Merci pour ce post.

Cool
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Re: Le tir de défense de soi ou d’autrui

Message par dany le Lun 20 Aoû - 16:33

Bonjour, ça c'est du tir que l'on pratique sur le terrain, en professionnel.
Les situations sont alors là, bien réelles et c'est vrai que c'est un état d'esprit.!
Quand on perçois l'arme individuelle et collective et leurs chargeurs, on commence à se mettre en situation et on est alors en situation de les utiliser.
Seule compte alors, la mission qui nous est confiée.!
Et cet état d'esprit reste, conditionné et encré inconsciemment dans notre cerveau et nos réflexes, nos réactions de tous les jours, en service ou en repos.
Toi qui semble intéressé par "Le Chinois", allias Roger Nguyen Van Loc, c'était un homme très intéressant et qui a fait beaucoup pour la PN.
Rien qu'à lire quelques-uns de ses livres, bien sûr c'est raconté façon littéraire, mais cela reflète bien la dure réalité sur la structure difficile à mettre en place à l'époque. Idem en Gendarmerie avec l'aventure extraordinaire qu'ont vécu Christian Prouteau et Paul Barril dans le même ordre de faits.

dany
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